Coopération transfrontalière et transnationale, la nouvelle Europe s'invente sur ses marges
Synthèse de séminaire
| 13/11/2001

COMPTE-RENDU DE JEAN-LOUIS ARNAUD
AVANT-PROPOS DE JACQUES DELORS
La disparition des frontières physiques et la liberté de circulation et d'échange entre les individus est l'expression la plus immédiate du rêve européen pour les citoyens de nos pays. Mais que se passe-t-il concrètement sur ces frontières censées être abolies - pour les actuels Etats membres - ou en passe de le devenir - pour les candidats à l'adhésion - ? C'est pour répondre à cette question que Notre Europe et Unioncamere ont organisé le 13 novembre 2001 un séminaire de réflexion à partir de six exemples de coopération transfrontalière et transnationale.
Une nouvelle façon de construire et de vivre l'Europe s'invente sur ces frontières. Les thèmes de coopération ne coà¯ncident pas exactement avec les priorités politiques de l'Union européenne, mais accordent une large part à la culture et à la communication, à l'éducation, à l'emploi, à la santé et parfois à l'immigration. En bref, ils reflètent les préoccupations quotidiennes des populations. Les acteurs également ne sont pas ceux de l'Europe de Bruxelles ; ce sont avant tout des municipalités, des associations et des petites et moyennes entreprises. n'en déplaise à ceux qui voudraient tout de suite plaquer un modèle institutionnel sur ces pratiques : ceci n'est pas l'Europe des régions. C'est quelque chose de plus simple et de plus innovant : l'expression d'une évidente communauté d'intérêts qui transcende les frontières nationales et la volonté de s'affranchir de ces barrières pour vivre plus facilement.
Mais que de difficultés pour réaliser ce simple programme ! Absence de cadres juridiques et de circuits financiers pertinents, inadaptation des programmes communautaires et nationaux au fait transfrontalier : quinze ans après l'adoption de l'Acte unique, il semblerait que les administrations centrales prennent un malin plaisir à verrouiller les frontières nationales par des procédures.
Lorsqu'il s'agit de coopérations entre régions des actuels et des futurs membres (trois des six cas étudiés), ces difficultés prennent des proportions excessives d'autant que les problèmes rencontrés ont parfois un caractère inédit : le sort des minorités ethniques, la sécurité policière, la lutte contre l'immigration clandestine. Les décisions prises récemment pour faciliter l'articulation entre les programmes INTERREG - pour les actuels Etats membres - et PHARE - pour les futurs adhérents - paraissent bien timides. Et pourtant l'effet d'intégration, la clef de la réussite de la réunification de l'Europe, est patent dans les cas étudiés. l'apprentissage de nouvelles méthodes de gestion publique, l'échange d'idées et le partage des ressources pour le montage de projets communs jouent à plein. Quand on aura rappelé que les régions frontalières, les plus touchées par le choc de l'élargissement, regroupent 68% du territoire et 58% de la population des futurs membres, on aura mesuré la dimension de l'enjeu.
Ce séminaire n'avait pas pour objet de définir ce que pourraient être les futurs programmes européens, mais plutôt de porter un regard différent sur ces zones frontalières, les voir comme des lieux d'opportunité et de créativité, et plus seulement comme des zones marginales sources de problèmes. Notre Europe s'honore d'y avoir contribué avec l' aide d'Unioncamere. Je suis reconnaissant à Marjorie Jouen d'en avoir été à la fois l'inspiratrice et la cheville ouvrière avec Alessandra Pasetti.
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