Étude | 01/12/2000 

Olof Petersson, avec talent, essaie de répondre à ces questions, autant que l'état du débat suédois le permet. Il commence par en expliciter les paradoxes : militantisme pour le marché unique et son élargissement, mais réticences vis-à -vis de régulations communes, en contradiction avec son propre modèle national ; accent mis sur la transparence démocratique, mais choix de la méthode de gouvernance européenne la plus opaque : l'intergouvernemental de préférence à la méthode communautaire ; fortes réticences vis à vis de cette dernière, alors qu'elle est par principe plus respectueuse des intérêts d'un « petit pays » ; tradition de débat démocratique approfondi....sauf sur les questions européennes.

 

Ces contradictions, après tout, en valent bien d'autres et chacun dans notre Europe cultive les siennes. Olof Petersson essaye d'en trouver les racines dans le mode de fonctionnement spécifique de la démocratie suédoise, qui se caractérise par un va et vient permanent entre l'opinion publique et les responsables politiques, mais qui n'a pas su s'adapter aux questions que posaient l'intégration de la Suède à l'Union, puis à l'UEM, au prix d'un traumatisme durable. Sans prétendre résumer cette analyse passionnante, J'en retiens trois considérations :

 

  • Les réticences suédoises vis à vis d'un approfondissement de l'Union politique sont éminemment respectables : le souci de préserver une expérience incomparable de démocratie participative et de cohésion sociale : elles méritent donc d'être entendues.
  • Le débat sur l'appartenance à l'UE (et à l'UEM) constitue l'un des rares échecs de la démocratie « à la suédoise » en ce qu'il fait apparaître un clivage entre le peuple et les élites politiques : C'est un sujet de méditation sur le déficit d'affectio societatis qui se manifeste partout en Europe.
  • Cet échec fait apparaître une crise plus profonde du modèle suédois qui, confronté à la mondialisation, est à la recherche d'une forme rénovée de l'État de droit. Comme souvent, l'Europe politique apparaît à la fois comme révélateur et dépassement possible d'un malaise dont elle n'est pas la cause. A nous d'en saisir la chance.

La lecture de cette étude, que Notre Europe s'honore de publier, me semble démontrer que la présidence suédoise de l'Union est une chance, à la fois pour l'Europe -qui peut s'enrichir d'un niveau inégalé d'exigence démocratique et sociale- et pour la Suède, qui peut trouver dans l'exercice de cette responsabilité l'occasion de dépasser de façon positive les questions laissées pendantes par le « référendum inachevé ».




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