Projet de recherche
| Mis à jour 09/02/2010

« Faire resurgir l'idéal, lui donner de la chair et de l'âme, tel est bien l'impératif essentiel si nous voulons façonner l'Europe de nos vœux les plus chers ». Dans l'esprit de ces mots de Jacques Delors, Notre Europe conduit une réflexion de fond qui l'engage à porter le regard au-delà de la mécanique institutionnelle pour se demander comment vivent les Européens, quelles expériences ils partagent, quelles espérances les animent.
Conscients de l'indétermination de la notion même d' « identité » et des apories auxquelles elle peut conduire, nous avons néanmoins résolu de reprendre à notre compte cette catégorie du sens commun pour en faire le fil conducteur de nos recherches : il nous semble en effet tout aussi urgent d'enlever la thématique « identitaire » aux tenants du nationalisme étatique et aux xénophobes de tout poil que d'œuvrer à faire émerger la conscience de ce que partagent les Européens.
Désireux de renouveler les regards et les discours sur l’Europe, nous avons mis au point une méthode ouverte et quelque peu expérimentale, combinant études ethnographiques, entretiens avec des personnalités européennes d’horizons divers et – en 2008 – reportages photographiques.
Recherches en cours
Suite aux élargissements de 2004 et 2007, des milliers d’Européens se sont arrachés à leur monde familier pour aller vivre, travailler, étudier ailleurs. A l'intérieur des nouveaux cadres posés par l'unification du continent européen, ils tissent de nouveaux liens, dessinent de nouveaux espaces, expérimentent avec de nouvelles appartenances. Vingt ans après la Chute du Mur de Berlin, ces transformations ont acquis une ampleur dont nous sommes loin d’avoir pris toute la mesure.
C’est en parcourant six villes emblématiques – Belgrade, Dublin, Łódź, Malmö, Timişoara et Turin – que nous nous sommes efforcés de saisir l’impact de ces bouleversements du point de vue de l'intégration européenne. Plusieurs des études de cas disponibles sur cette page rendent compte de ces recherches ethnographiques.
En 2010, c'est sur le terrain des Balkans occidentaux - de l'autre côté de ce qui constitue un "nouveau mur" (mais aussi un nouvel horizon) du projet européen - que nous focalisons nos recherches.
Le livre Fabriques de l'Europe
En octobre 2008 Notre Europe a publié Fabriques de l’Europe, un ouvrage réalisé en collaboration avec six photographes de l’Agence VU’. Les images et les témoignages qui y sont rassemblés nous font apercevoir comment l’Europe se fabrique, jour après jour, « à hauteur d’homme ».
Ouvrage disponible en librairie.
EXTRAITS DU LIVRE A TELECHARGER (préface de Jacques Delors)
Entretiens à télécharger
L’ouvrage Fabriques de l’Europe reprend de courts extraits des longs entretiens menés avec les hommes et les femmes rencontrés sur nos six terrains d’étude : en Irlande, en Italie, en Pologne, en Roumanie, en Serbie et en Suède. D’un témoignage à un autre, d’Est en Ouest, du Nord au Sud, s’assemblent les fragments d’un nouveau discours européen fait d’analogies, de contrepoints, d’affinités insoupçonnées – mais également de discordances.
Une sélection de ces entretiens est disponible ci-dessous :
- Rencontre avec Carlo OSSOLA, philologue et professeur au Collège de France : « Les racines sont au-dessus des arbres. Nous continuons de penser que nos origines sont en bas, bien figées dans le sol, alors que dans l’époque où nous vivons, nos origines seront au sommet de la tente que nous construisons ensemble »
- Rencontre avec Krzysztof PIESIEWICZ, réalisateur et sénateur polonais : « La libération polonaise est allée de pair avec la gigantesque révolution des télécommunications dans les années 1990. Il a fallu s’emparer de ces deux éléments, à la fois construire un pays nouveau et entrer dans cette civilisation de communication de masse »
- Rencontre avec Elizabeta ZEMLJIĆ, réalisatrice et metteuse en scène : « Le plus beau moment fut celui de la jonction, juste avant que les deux parties du pont ne se rencontrent. C'était d'une grande poésie. Maintenant, c'est « seulement » un pont.
Dans cinquante ans, les gens penseront qu'il a toujours
été là »
- Rencontre avec Hugo HAMILTON, écrivain irlandais :
« Les Irlandais sont las de leurs propres histoires. Nous avons besoin des nouvelles histoires que les immigrés peuvent
apporter »
- Rencontre avec Ana BLANDIANA, poétesse roumaine : « Notre place en Europe est le lieu géométrique entre l’obstination de notre rêve séculaire d’intégration et la réalité de la vérité selon laquelle l’histoire est d’abord géographie »
- Rencontre avec Bronislaw GEREMEK, député européen, homme politique et historien polonais : « Il est plus facile d’unir des économies et des administrations que d’unir des mémoires. Les nouveaux pays-membres ont une mémoire différente »
- Rencontre avec Peter SUTHERLAND, ancien commissaire européen et DG de l'OMC : "To be truly Irish we have to be European first; we need the European Union to bind us to other people"
- Rencontre avec Bogdan BOGDANOVIC, architecte, ancien maire de Belgrade : « L'urbanité, c’est l’une des abstractions les plus hautes auxquelles l’esprit humain puisse parvenir. Etre un homme urbain, cela signifie pour moi n’être ni Serbe ni Croate, mais se comporter comme si ces séparations n’avaient plus cours, s’arrêtaient aux portes de la ville »
- Rencontre avec Andrei PLESU, philosophe, ancien ministre des Affaires Etrangères de la Roumanie : « Nous allons vous apporter une certaine lassitude historique. Mais cette fatigue peut aussi devenir une vertu, parce que l’Europe a oublié d’avoir l’air fatigué : elle parle toujours de l’avenir, elle fait des projets. Pourtant, l’Europe, c’est aussi un passé – et l’Est va peut-être pouvoir lui apporter un peu de recul, un peu de calme, un peu de silence analytique »
- Rencontre avec Adam GLOBUS, écrivain biélorusse : « Penser l'Europe, c'est comme dessiner une carte : on commence par les contours. C'est aux confins de l'Europe qu'il y a de la tension ; c'est là que la main tremble, c'est là qu'on se corrige tout le temps »