Projet de recherche
| Mis à jour 25/03/2011

« Faire resurgir l'idéal, lui donner de la chair et de l'âme, tel est bien l'impératif essentiel si nous voulons façonner l'Europe de nos voeux les plus chers ». Dans l'esprit de ces mots de Jacques Delors, Notre Europe conduit depuis quelques années une réflexion de fond sur l'identité européenne.
Conscients de l'indétermination de la notion même d'"identité" et des apories auxquelles elle peut conduire, nous avons néanmoins résolu de reprendre à notre compte cette catégorie du sens commun pour en faire le fil conducteur de nos recherches, tant il nous semble urgent d'enlever la thématique « identitaire » aux tenants du nationalisme et aux xénophobes de tout poil.
Désireux de renouveler les regards et les discours sur l'Europe, nous avons mis au point une méthode ouverte et quelque peu expérimentale, combinant études anthropologiques, entretiens avec des personnalités européennes d'horizons divers et reportages photographiques.
Recherches en cours
Suite aux élargissements de 2004 et 2007, des milliers d'Européens se sont arrachés à leur monde familier pour aller vivre, travailler, étudier ailleurs. A l'intérieur des nouveaux cadres posés par l'unification du continent européen, ils tissent de nouveaux liens, dessinent de nouveaux espaces, expérimentent avec de nouvelles appartenances.
Vingt ans après la Chute du Mur de Berlin, les transformations sont immenses. Elles nourrissent aussi de nouvelles tensions. Les partis populistes ont le vent en poupe. Surfant sur les incertitudes que démultiplie la crise, leurs élus stigmatisent certaines figures de l’étranger inquiétant (unheimlich) - Musulman, Tzigane - celui dont la mise à distance, ou la neutralisation, permettrait un retour à l’état antérieur de sécurité et de certitude.
C'est en parcourant six villes emblématiques - Belgrade, Dublin, Łódź, Malmö, Timişoara et Turin - que nous nous sommes efforcés de saisir l'impact des migrations intra-européennes et de l'effondrement des grandes idéologies sur la formulation des pacte de solidarité collective dans l'Europe du tournant du XXIe siècle. Plusieurs études ethnographiques disponibles sur cette page rendent compte de ces recherches.
Nos conclusions sont présentées dans l'étude intitulée Dé-paysements. L'auteur s'y livre à un examen pénétrant du dangereux décrochage qui s’affirme en Europe entre dynamiques d’intégration économique et intensité des migrations d’une part, et expressions d’exclusivisme politique et culturel d’autre part. Ligue du Nord en Italie, Jobbik en Hongrie : le dépaysement que ces prédicateurs de l’entre-soi se proposent de conjurer est celui des autochtones, des citoyens racinés, qui ne se sentent plus « chez eux » dans leur ville.
En 2010, c'est sur le terrain des Balkans occidentaux - de l'autre côté de ce qui constitue un "nouveau mur" (mais aussi un nouvel horizon) du projet européen - que nous focalisons nos recherches.
Le livre Fabriques de l'Europe
En octobre 2008 Notre Europe a publié Fabriques de l'Europe, un ouvrage réalisé en collaboration avec six photographes de l'Agence VU. Les images et les témoignages qui y sont rassemblés nous font apercevoir comment l'Europe se fabrique, jour après jour, « à hauteur d'homme ».
Ouvrage disponible en librairie.
EXTRAITS DU LIVRE A TELECHARGER (préface de Jacques Delors)
Entretiens à télécharger L'ouvrage Fabriques de l'Europe reprend de courts extraits des longs entretiens menés avec les hommes et les femmes rencontrés sur nos six terrains d'étude : en Irlande, en Italie, en Pologne, en Roumanie, en Serbie et en Suède; d'un témoignage à un autre, d'Est en Ouest, du Nord au Sud, s'assemblent les fragments d'un nouveau discours européen fait d'analogies, de contrepoints, d'affinités insoupçonnées - mais également de discordances.
Une sélection de ces entretiens est rassemblée dans l'anthologie Rencontres européennes. Les inédits seront mis à disposition ci-dessous :
- Rencontre avec Peter SUTHERLAND, ancien commissaire européen et DG de l'OMC : «To be truly Irish we have to be European first; we need the European Union to bind us to other people»
- Rencontre avec Adam GLOBUS, écrivain biélorusse : « Penser l'Europe, c'est comme dessiner une carte : on commence par les contours. C'est aux confins de l'Europe qu'il y a de la tension ; c'est là que la main tremble, c'est là qu'on se corrige tout le temps »