Projet de recherche | Mis à jour 26/08/2010 
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« Faire resurgir l'idéal, lui donner de la chair et de l'âme, tel est bien l'impératif essentiel si nous voulons façonner l'Europe de nos voeux les plus chers ». Dans l'esprit de ces mots de Jacques Delors, Notre Europe conduit une réflexion de fond qui l'engage à porter le regard au-delà de la mécanique institutionnelle pour se demander comment vivent les Européens, quelles expériences ils partagent, quelles espérances les animent.

Conscients de l'indétermination de la notion même d' « identité » et des apories auxquelles elle peut conduire, nous avons néanmoins résolu de reprendre à notre compte cette catégorie du sens commun pour en faire le fil conducteur de nos recherches : il nous semble en effet tout aussi urgent d'enlever la thématique « identitaire » aux tenants du nationalisme étatique et aux xénophobes de tout poil que d'oeuvrer à faire émerger la conscience de ce que partagent les Européens.

Désireux de renouveler les regards et les discours sur l'Europe, nous avons mis au point une méthode ouverte et quelque peu expérimentale, combinant études ethnographiques, entretiens avec des personnalités européennes d'horizons divers et - en 2008 - reportages photographiques.

Recherches en cours

Suite aux élargissements de 2004 et 2007, des milliers d'Européens se sont arrachés à leur monde familier pour aller vivre, travailler, étudier ailleurs. A l'intérieur des nouveaux cadres posés par l'unification du continent européen, ils tissent de nouveaux liens, dessinent de nouveaux espaces, expérimentent avec de nouvelles appartenances. Vingt ans après la Chute du Mur de Berlin, ces transformations ont acquis une ampleur dont nous sommes loin d'avoir pris toute la mesure.

C'est en parcourant six villes emblématiques - Belgrade, Dublin, Łódź, Malmö, Timişoara et Turin - que nous nous sommes efforcés de saisir l'impact de ces bouleversements du point de vue de l'intégration européenne. Plusieurs des études de cas disponibles sur cette page rendent compte de ces recherches ethnographiques.

En 2010, c'est sur le terrain des Balkans occidentaux - de l'autre côté de ce qui constitue un "nouveau mur" (mais aussi un nouvel horizon) du projet européen - que nous focalisons nos recherches.


Le livre Fabriques de l'Europe

En octobre 2008 Notre Europe a publié Fabriques de l'Europe, un ouvrage réalisé en collaboration avec six photographes de l'Agence VU. Les images et les témoignages qui y sont rassemblés nous font apercevoir comment l'Europe se fabrique, jour après jour, « à hauteur d'homme ».
Ouvrage disponible en librairie.
EXTRAITS DU LIVRE A TELECHARGER (préface de Jacques Delors)


Entretiens à télécharger

L'ouvrage Fabriques de l'Europe reprend de courts extraits des longs entretiens menés avec les hommes et les femmes rencontrés sur nos six terrains d'étude : en Irlande, en Italie, en Pologne, en Roumanie, en Serbie et en Suède; d'un témoignage à un autre, d'Est en Ouest, du Nord au Sud, s'assemblent les fragments d'un nouveau discours européen fait d'analogies, de contrepoints, d'affinités insoupçonnées - mais également de discordances.

Une sélection de ces entretiens est disponible ci-dessous :

  • Rencontre avec Carlo OSSOLA, philologue et professeur au Collège de France : « Les racines sont au-dessus des arbres. Nous continuons de penser que nos origines sont en bas, bien figées dans le sol, alors que dans l'époque où nous vivons, nos origines seront au sommet de la tente que nous construisons ensemble »
  • Rencontre avec Krzysztof PIESIEWICZ, réalisateur et sénateur polonais : « La libération polonaise est allée de pair avec la gigantesque révolution des télécommunications dans les années 1990. Il a fallu s'emparer de ces deux éléments, à la fois construire un pays nouveau et entrer dans cette civilisation de communication de masse »
  • Rencontre avec Elizabeta ZEMLJIĆ, réalisatrice et metteuse en scène : « Le plus beau moment fut celui de la jonction, juste avant que les deux parties du pont ne se rencontrent. C'était d'une grande poésie. Maintenant, c'est « seulement » un pont.
    Dans cinquante ans, les gens penseront qu'il a toujours
    été là »
  • Rencontre avec Hugo HAMILTON, écrivain irlandais :
    « Les Irlandais sont las de leurs propres histoires. Nous avons besoin des nouvelles histoires que les immigrés peuvent
    apporter »
  • Rencontre avec Ana BLANDIANA, poétesse roumaine : « Notre place en Europe est le lieu géométrique entre l'obstination de notre rêve séculaire d'intégration et la réalité de la vérité selon laquelle l'histoire est d'abord géographie »
  • Rencontre avec Bronislaw GEREMEK, député européen, homme politique et historien polonais : « Il est plus facile d'unir des économies et des administrations que d'unir des mémoires. Les nouveaux pays-membres ont une mémoire différente »
  • Rencontre avec Peter SUTHERLAND, ancien commissaire européen et DG de l'OMC : «To be truly Irish we have to be European first; we need the European Union to bind us to other people»
  • Rencontre avec Bogdan BOGDANOVIC, architecte, ancien maire de Belgrade : « L'urbanité, c'est l'une des abstractions les plus hautes auxquelles l'esprit humain puisse parvenir. Etre un homme urbain, cela signifie pour moi n'être ni Serbe ni Croate, mais se comporter comme si ces séparations n'avaient plus cours, s'arrêtaient aux portes de la ville »
  • Rencontre avec Andrei PLESU, philosophe, ancien ministre des Affaires Etrangères de la Roumanie : « Nous allons vous apporter une certaine lassitude historique. Mais cette fatigue peut aussi devenir une vertu, parce que l'Europe a oublié d'avoir l'air fatigué : elle parle toujours de l'avenir, elle fait des projets. Pourtant, l'Europe, c'est aussi un passé - et l'Est va peut-être pouvoir lui apporter un peu de recul, un peu de calme, un peu de silence analytique »
  • Rencontre avec Adam GLOBUS, écrivain biélorusse : « Penser l'Europe, c'est comme dessiner une carte : on commence par les contours. C'est aux confins de l'Europe qu'il y a de la tension ; c'est là que la main tremble, c'est là qu'on se corrige tout le temps »



En vue
Étude par Aziliz Gouez | 06/08/2010
C’est avec un succès manifeste que les tenants du nationalisme et les partisans d’une refonte du pacte de solidarité collective ont abordé les rendez-vous électoraux de cette année 2010. Lega Nord en Italie, Jobbik en Hongrie, PVV aux Pays-Bas, ou N-VA en Flandres : le dépaysement que ces prédicateurs de l’entre-soi se proposent de conjurer est celui des autochtones, des citoyens racinés, qui ne se sentent plus « chez eux » dans leur ville. Pourquoi l’espace transculturel est-il si difficilement représentable dans l’Europe d’aujourd’hui ? Dé-paysements constitue une tentative pour analyser le décrochage entre dynamiques d’intégration économique et intensité des migrations intra-européennes d’une part, et expressions d’exclusivisme politique et culturel d’autre part.
Et aussi
Étude par Aziliz Gouez | 29/07/2010
Réflexions sur la guerre, sur la place de l’Europe dans le monde, retours sur le passé communiste et le présent capitaliste - cette série d’entretiens sélectionnés par Aziliz Gouez offre une vision riche et profonde de notre appartenance à l’Europe du tournant du XXIe siècle. Chacune des personnalités interrogées nourrit le débat sur l’identité européenne de la singularité de son expérience historique et de sa tradition intellectuelle. À l’heure où le questionnement sur l’identité - nationale, civilisationnelle - prend des accents crispés et polémiques, la lecture de ces entretiens permet de prendre un peu de hauteur.
Note par Cristina Stănculescu | 29/07/2010
« Nous, Roumains, nous avons depuis toujours rêvé "d’entrer en Europe", mais pour des raisons subjectives et surtout objectives - les Turcs, les Russes, le communisme - nous sommes restés séparés de l’Occident par un inexorable décalage » [Ana Blandiana, entretien Notre Europe, mai 2008].Vingt ans après la Révolution qui a mis fin au régime de Ceauşescu, ces mots de la poétesse Ana Blandiana sont-ils en passe de devenir obsolètes ? L’adhésion de leur pays à l’Union européenne, 1er janvier 2007, a-t-elle permis aux Roumains de matérialiser leur rêve séculaire d’intégration à l’Occident?
Note par Laëtitia Delamare | 29/07/2010
La Yougoslavie, et plus généralement les Balkans, sont pour l’Europe occidentale un espace à la fois proche et étranger, miroir et de repoussoir. Les guerres de succession yougoslaves, dans les années 90, ont fait ressurgir l’image du Balkanique irrationnel, brutal et sanguinaire. L’image d’un Autre en Europe. A travers un parcours dans le cinéma yougoslave, Laëtitia Delamare nous invite à revisiter ces lieux communs et à redécouvrir une société complexe dont les réalisateurs yougoslaves ont admirablement dépeint la vie quotidienne et les mythes, les évolutions et les blocages, les villes et les campagnes, les espoirs et les déceptions.
Responsable
Chercheur associé à Notre Europe, Aziliz Gouez est diplômée de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, Aziliz Gouez a ensuite étudié l'anthropologie à l'Ecole des Hautes Etudes (EHESS, Paris). Domaines suivis : identité  européenne,  élargissement, Balkans occidentaux.
Pour approfondir
Tamara Buschek, Aziliz Gouez
17/11/2009
Tribune par Jacques Delors
24/01/2008
Étude par Aziliz Gouez, Boris Petric
04/04/2007
Note par Nadège Chambon, Marjorie Jouen
29/06/2006
Étude par Aziliz Gouez
24/01/2006
Synthèse de séminaire par Notre Europe
14/11/1998