Le mot de Notre Europe
| 07/09/2010

La lutte contre les discriminations et les violences à l’encontre des Roms a constitué un enjeu important des négociations d’adhésion entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale. Or voici que ces défis se sont européanisés d’une manière que l’on n’attendait pas. Aux yeux de certains politiciens d’Europe de l’Ouest, le Tzigane incarne aujourd’hui une figure de l’étranger inquiétant (
unheimlich) - celui dont la mise à distance, ou la neutralisation, permettrait un retour à l’état antérieur de sécurité et de certitude. « Chasses aux Roumains » en Italie, lynchages à Belfast en juin 2009, mesures exceptionnelles d’expulsion en France pendant l’été 2010 : tous ces évènements interrogent les principes de cohésion et de solidarité à l’échelle européenne. Dans son étude intitulée
Dé-paysements, Aziliz Gouez se livre à un examen pénétrant du dangereux décrochage qui s’affirme en Europe entre dynamiques d’intégration économique et intensité des migrations d’une part, et expressions d’exclusivisme politique et culturel d’autre part. Elle analyse la façon dont les crimes perpétrés par des Roms sont instrumentalisés par les élus de la Ligue du Nord en Italie, et du Jobbik en Hongrie. Le dépaysement que ces prédicateurs de l’entre-soi se proposent de conjurer est celui des autochtones, des citoyens racinés, qui ne se sentent plus « chez eux » dans leur ville. La lecture des entretiens rassemblés dans l’anthologie
Rencontres européennes permet elle aussi de revenir sur un thème qui a pris dernièrement un tour crispé et polémique dans nombre de pays : celui de l’identité. Qu’elles soient architecte, cinéaste, historien, ou poète ; nées pendant les Années folles, pendant la Seconde Guerre mondiale ou dans les années 1970 - toutes les personnalités interrogées ont accepté de se livrer à un dialogue approfondi sur l’identité européenne. Une multiplicité de voix, donc, pour dire comment l’Europe se vit, se pense et se construit au tournant du XXIe siècle. Des voix tantôt en accord, tantôt discordantes, dont la succession ne laisse pas apercevoir un « grand récit » européen, mais bien plutôt la conscience que dans ce continent brisé par les crimes du siècle précédent, le mode épique est devenu impossible (et que cela est peut-être une bonne chose…)