Le mot de Notre Europe
| 19/02/2008

C'est la question qui vient à l'esprit face à la récente actualité communautaire. Avec les arrêts « Viking » et « Laval », la Cour de justice européenne semble prendre un tournant très préoccupant pour la liberté syndicale en Europe. Dans le premier, elle estime que le droit de recourir à des pavillons de complaisance procède de la liberté d'établissement garantie par le droit communautaire. Dans le second, elle décide que les syndicats ne peuvent agir contre les entreprises qui refusent d'appliquer à leurs salariés détachés dans un autre pays les conventions collectives applicables dans ce pays. Cette approche minimaliste ressort d'une vision dans laquelle le social découle de l'économique et les protections sociales doivent sauter si l'on estime qu'elles freinent la croissance.
Cette vision sous-tend également, de manière non dite, la récente consultation de la Commission européenne sur la « réalité sociale européenne » et la communication préparatoire intitulée «Possibilités, accès et solidarité: vers une nouvelle vision sociale pour l'Europe du XXI e siècle». C'est ce que dénonce la note de Marjorie Jouen pour Notre Europe, en réponse à cette consultation, close le 15 février 2008.
Au-delà , C'est tout le débat sur l'après-Stratégie de Lisbonne, à l'agenda du prochain Conseil, qui risque d'être influencé par cette vision sociale. Ou plutôt son absence, car le volet social, mais aussi le volet environnemental, restent les deux grandes faiblesses de la Stratégie de Lisbonne. Les consultations européennes en cours et les réflexions, y compris nationales sur la refonte de la Stratégie de Lisbonne doivent être l'occasion d'un débat ouvert, où, comme le souligne Marjorie Jouen, on « postule une certaine autonomie du social par rapport à la sphère économique » et l'on s'efforce de préserver ou de moderniser des droits et des standards minimaux, y compris dans un contexte d'insécurité sociale.
L'entretien d'Alexandre Mirlesse avec l'architecte serbe Bogdan Bogdanovic, septième volet de la série « Rencontres Européennes », offre quant à lui un écho à une actualité plus immédiate. Au lendemain de la proclamation d'indépendance du Kosovo, l'ancien maire de Belgrade s'interroge sur le déclin de l' « urbanité », modèle de coexistence pacifique entre les communautés de l'ex-Yougoslavie. En « homme marqué par les déflagrations du XXe siècle mais qui s'essaie malgré tout à imaginer l'avenir de la « civilisation des villes », il nous livre un témoignage à l'image de son oeuvre, entre utopie et désenchantement.