Le mot de Notre Europe | 14/10/2008 

Au cours des dernières semaines, les perturbations financières dont l'épicentre s'est formé aux Etats-Unis au printemps 2007, ont précipité l'économie mondiale dans la pire crise traversée depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. A ce jour, il est difficile de prédire quand et comment la vague de panique actuelle cessera et quel visage le système financier et l'économie mondiale auront après son passage. Toutefois, d'un point de vue européen, deux éléments ressortent de façon claire.

Premièrement, à la différence du monde, l'UE fonde son action sur le bon principe: la création et le bon fonctionnement d'un marché intégré doivent reposer sur des règles qui s'imposent aux participants, entreprises ou pouvoirs publics. Ce principe s'applique que le marché soit national, continental ou mondial. Ce que nous observons s'apparente davantage à un échec des politiques qu'à un échec du marché. La politique qui a échoué était incarnée par une vision simpliste qui consistait à dire que « less is more » (« moins C'est mieux »), que la régulation devrait être minimisée et que les marchés sont capables de s'autoréguler. Le résultat qui est sous nos yeux est une perte de confiance qui risque de paralyser non seulement l'activité financière mais aussi l'activité économique et aura finalement des répercussions dans le domaine politique. Les marchés en général, et plus particulièrement les marchés financiers, ne sont pas stables par nature. Ils ont besoin de règles et de contrôles. Le risque encouru désormais est de passer du « less » au « too much », d'un excès de laissez-faire à un excès d'intervention publique.

Deuxièmement, le principe mentionné ci-dessus ayant été appliqué de façon insuffisante, l'UE est en danger. Alors que l'UE tire un bénéfice de la monnaie unique, elle ne dispose pas des deux autres instruments de gestion des crises : le contrôle prudentiel et l'action gouvernementale. l'Europe est ainsi confrontée à un risque bien plus grand que les Etats-Unis d'Amérique : le risque de renationalisation du système financier intégré qui est né dans la zone euro et de désarticulation de son marché intérieur. Si la réponse politique à une crise systémique n'est pas elle-même systémique, les chances pour qu'elle soit effective et crédible sont minces. Il est très improbable que des réponses nationales déconnectées permettent de restaurer la confiance nécessaire ; elles sont davantage susceptibles de provoquer un accroissement de la méfiance et même de déclencher des conflits. Des signes préoccupants ont témoigné déjà de ce danger dans des domaines tels que les assurances dépôts, l'injection de fonds publics dans le capital des banques, la restriction des transactions, etc.

Jusqu'au vendredi 10 octobre, une réponse désarticulée était en train de produire une rupture du système financier de la zone euro et une défaillance majeure du marché unique. Le Sommet de l'Eurogroupe du 12 Octobre semble avoir arrêté cette dérive et marqué un changement de direction. Mais ce virage doit être confirmé par les faits, car le choix d'une mise en oeuvre décentralisée des décisions prises implique le risque de l'incohérence et du conflit souterrain. l'exécution C'est tout, disait Napoléon. Comme ce fut le cas de nombreuses fois par le passé, la crise qui touche l'Europe peut s'avérer être un risque ou bien une opportunité. Le leadership politique - ou le manque de leadership - déterminera quel scénario deviendra réalité.




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L'auteur
Tommaso Padoa-Schioppa est décédé le 18 décembre 2010 à l’âge de 70 ans. Il était Président de Notre Europe et de Promontory Europe. Il avait été nommé le 3 août 2010 par le Premier Minsitre grec, George Papandreou, Conseiller pour les questions liées à la gestion de la crise économique et de la dette publique au système financier. Il était Président du Comité des Garants de la Foundation & International Financial Reporting Standards (IFRS). Il était ancien Ministre de l'Economie et des Finances italien (2006-2008) et Président du Comité Ministériel du Fonds Monétaire International (IMFC, 2007-2008). Il a été Président de la Fondation de l'IASC (International Accounting Standard Committee, 2005-2006). Entre 1998-2005, il fut membre du premier Conseil d'Administration de la Banque Centrale européenne. Auparavant il fut Président de la Commissione Nazionale per le Società e la Borsa (CONSOB, 1997-98), Directeur Général Adjoint de la Banca d'Italia (1984-97) et Directeur Général pour les Affaires Economiques et Financières à la Commission  européennes (1979-83).  Co-rapporteur du Comité Jacques Delors pour l'étude sur l'Union Economique et Monétaire (1988-1989) ; président du Comité Consultatif Bancaire de la Commission des Communautés européennes (1988-1991) ; du Comité de Bà¢le sur le Contrôle Bancaire (1993-1997) et du "Committee on Payments and Settlement Systems" du G10 (2000-2005).