Notre actualité | 12/08/2011 

Exposé de Jacques Delors fait à Paris, le 30 juin 2011, dans le cadre du  22ème rendez-vous de la mondialisation, organisé par le Centre d’analyse stratégique, le CEPII, Sciences Po Paris et le CERI-CNRS

Extraits:

« L’Euro dans la mondialisation » a été le titre choisi ; je vais retourner vers le passé parce qu’il me semble que nous pouvons retirer du passé, de ses échecs et des progrès réalisés, des leçons pour aujourd’hui et surtout pour demain. Ainsi, j’aborderai premièrement la dimension historique de la construction européenne car derrière l’extrême difficulté des questions économiques et monétaires, derrière la complication des règles institutionnelles, il y a des hommes et des femmes qui vivent et qui votent, d’autres qui gouvernent, dans une ambiance, dans un contexte qui peut changer. Depuis 1948-50 le contexte a changé et c’est pour cela que parfois je ne suis pas si sévère dans le jugement sur ceux qui ont aujourd’hui la charge de gouverner.

Ensuite, je m’attarderai sur la dimension institutionnelle : l’euro comme fils de l’Acte Unique. On dit en ce moment que l’Europe ne s’en sort toujours qu’à travers les crises. Or, l’Acte Unique qui a précédé l’euro n’est pas l’effet d’une crise. Au milieu des années 80, l’économie tournait au ralenti. C’est ce qui explique que les gouvernements aient accepté la relance économique et institutionnelle, la création du Marché Unique (l’objectif 92) et la mise en œuvre de substantielles politiques de solidarité (la cohésion économique et sociale).

Et enfin, je voudrais traiter une dernière question, celle des responsabilités collectives de cette crise.  Certes la Grèce, le Portugal et l’Irlande, entre autres, ont fait des bêtises ; mais sont-ils les seuls responsables ? Ne faut-il pas, alors que nous nous sommes embarqués dans une aventure commune, chercher également les responsabilités collectives ? Je voudrais vous démontrer que sur ces quelques dernières années le Conseil des Ministres des Finances de la zone euro est aussi responsable de la situation actuelle car il n’a rien vu venir ou bien il n’a pas voulu provoquer les débats nécessaires sur l’absence de coordination des politiques économiques ou la dangereuse montée de l’endettement privé.

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L'auteur
Jacques Delors a présidé la Commission européenne de 1985 à 1995. En octobre 1996 il a créé le Groupement d'études et de recherches Notre Europe, dont il est aujourd'hui le président fondateur. De mai 2000 à juillet 2009, il fut également président du CERC - Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale. Assistantes : Ute Guder Conseiller : Jean-Pierre Bobichon Presse: Stéphanie Baz