Notre actualité | 08/04/2009 

Appel aux partis politiques, aux candidats aux élections européennes et aux futurs députés européens lancé par Tommaso Padoa-Schioppa dans le cadre d'un projet commun avec le Federal Trust, Institut für Europäische Politik, Centro Studi sul Federalismo, à l'initiative de l'Istituto Affari Internazionali.

Les citoyens européens s’apprêtent à élire leurs députés alors même que l’Europe et le reste du monde traversent une période trouble: effondrement de la production et des échanges commerciaux; montée du chômage et risque d’importants troubles sociaux; aggravation significative des crises en matière d’approvisionnement énergétique et des urgences climatiques. L’Europe s’expose à une marginalisation progressive sur la scène internationale et à l’effondrement de son vaste marché intérieur, celui-là même qui a favorisé la croissance et l’expansion géographique de la prospérité pendant soixante ans. Au niveau mondial, d’importantes menaces pèsent sur la capacité à assurer la croissance du bien-être économique et à endiguer la pauvreté extrême. Les répercussions en termes de sécurité et d’équilibre social et politique pourraient s’avérer désastreuses.

Aussi judicieusement conçues soient-elles, les politiques nationales ne sont pas, à elles seules, en mesure d’éviter de tels risques. Les défis mondiaux actuels sont tels qu’ils dépassent de loin le pouvoir d’intervention des Etats, même des plus puissants.

L’Union européenne a les moyens d’exercer une influence décisive afin de mettre un terme à la logique du « chacun pour soi » qui mine les relations internationales et de favoriser la recherche de solutions véritablement communes, basées sur des nstitutions internationales solides. Elle a les moyens d’inciter la nouvelle administration américaine à adopter une approche ouverte et constructive face aux enjeux mondiaux, que ce soit sur le plan de la sécurité, de la gouvernance économique ou du changement climatique.

L’Union en a les moyens, à condition de surmonter sa propre paralysie. Pour contrecarrer les menaces qui pèsent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières, l’Europe doit agir comme un acteur politique capable de prendre et de mettre en oeuvre les décisions qui s’imposent. C’est la seule issue possible pour regagner le respect et le soutien de ses citoyens et de l’opinion publique en général.

Le Parlement européen dispose à cet égard d’instruments uniques pour débloquer la situation et ouvrir la voie à une nouvelle ère politique en Europe. Contrairement à d’autres institutions de l’UE, le Parlement jouit d’une légitimité démocratique directe, d’une indépendance absolue et d’un accès institutionnel à l’opinion publique par l’intermédiaire des partis qui le composent. Fort de ces atouts, le Parlement dispose de toutes les cartes nécessaires – s’il est déterminé à exploiter tous les pouvoirs qui lui ont conférés – pour réorienter la dynamique des institutions européennes avant même l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Il en va de même pour l’élaboration d’un programme guidant les institutions pour la prochaine législature, de la formation de la nouvelle Commission et de l’utilisation du budget de l’Union comme un réel levier des politiques communautaires. Même sous l’actuel traité, il est possible de lier les prochaines élections à la nomination du nouveau président de la Commission. Une telle opportunité doit être saisie.

Nous appelons les partis politiques et les candidats aux élections de juin, ainsi que les futurs députés européens et leurs groupes politiques respectifs, à s’engager à :

  • tout mettre en oeuvre pour impliquer les citoyens dans un véritable débat public sur l’avenir de l’Europe;
  • désigner des candidats disposant des compétences et de la volonté nécessaires pour bâtir une Europe forte;
  • concevoir des programmes politiques paneuropéens en lieu et place de plates-formes nationales fragmentées;
  • s’opposer à toute volonté de réduire l’élection à un simple affrontement national;
  • exploiter pleinement les compétences du Parlement européen;
  • jouer un rôle de premier plan dans la formation de la nouvelle Commission, dans la désignation de son président et dans l’élaboration de ses programmes; réviser en profondeur le budget européen afin de faire de ce dernier un véritable instrument de politique.

En cette période de crise, l’Europe peut sombrer ou sortir grandie. Elle ne peut en aucun cas négliger ses citoyens. Donnez-leur la parole à travers un Parlement européen fort.

Tommaso Padoa-Schioppa

Mars 2009

 

Cet appel a déjà été signé par :

  • Jerzy Buzek (Député européen, ancien Premier Ministre polonais),

  • Carlo Azeglio Ciampi (Sénateur, ancien Président de la République italienne),

  • Jean-Luc Dehaene (Ancien Premier Ministre belge, Vice-Président de la Convention européenne ),

  • Jacques Delors (Président fondateur de Notre Europe, ancien Président de la Commission européenne),

  • Wim Kok (Ancien Ministre-Président des Pays-Bas),

  • Paavo Tapio Lipponen (Ancien Premier Ministre finlandais),

  • Mario Soares (Ancien Premier Ministre portugais),

  • Peter Sutherland (Ancien Commissaire européen, ancien Procureur Général de la République d'Irlande) et

  • Guy Verhofstadt (Ministre d’Etat, ancien Premier Ministre belge)




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L'auteur
Tommaso Padoa-Schioppa, ancien Ministre de l'Economie et des Finances italien (2006-2008), est Président de Notre Europe. Précédemment, il fut, entre autres fonctions, membre du Directoire de la Banque Centrale européenne (1998-2005), Président de la Fondation IASC-International Accounting Standard Committee- (2005-2006). Il a été également Directeur général pour l'Economie et les Affaires Financières de la Commission des Communautés européennes, Directeur général adjoint de la Banca d'Italia et Président de la Commissione Nazionale per le Società e la Borsa. Diplômé de l'Université Luigi Bocconi (Milan, 1966), il est également titulaire d'un Master en Science du Massachusetts Institute of Technology. Visitez le site de Tommaso Padoa-Schioppa
En vue
Étude par Federal Trust, Institut für Europäische Politik, Centro Studi sul Federalismo, Istituto Affari Internazionali, Notre Europe | 12/03/2009
A l’initiative de l'Istituto Affari Internazionali, Notre Europe et trois autres think tanks européens se sont réunis pour réfléchir aux moyens de renforcer les liens entre les citoyens et les institutions européennes. Dans la perspective des élections de juin 2009, cette étude porte une attention particulière au rôle du Parlement et des partis politiques européens dans ce processus.