Notre actualité | 03/09/2006
1- l'état de l'Union européenne
Comment qualifieriez-vous l'état actuel de l'Union européenne ?
L'Union européenne est Aujourd'hui dans
une phase d'incertitude. Elle a longtemps avancé vers plus
d"intégration, mais le sens du projet s'est peu à peu perdu en route.
Les Etats européens
montrent régulièrement leur incapacité à s'entendre sur un certain
nombre de sujets. Craignez-vous un retour en arrière dans la
construction européenne ?
La politique, C'est l'affrontement de
différentes visions du monde. Le fait que l'Europe soit petit à petit
gagnée par cette polarisation montre qu'elle devient, d'une certaine
façon, plus démocratique.
Dans votre ouvrage, "La
fin de l'Europe", vous estimez qu'une relance de la construction
européenne passe par des actions dans le domaine sécuritaire. Comment
L'Union européenne peut-elle agir en la matière ?
L'Europe doit répondre aux inquiétudes
des citoyens, ce qui passe aussi bien par des actions dans le domaine
social que par des réponses à donner aux évolutions scientifiques et
technologiques, souvent porteuses d'incertitudes.
En matière d'économie,
L'Union européenne est plutôt perçue comme une source d'insécurité. Un
changement d'orientation est-il nécessaire dans ce domaine ?
Il y a certainement un besoin de
souplesse, d'adaptation à un monde qui change. Mais cela ne doit pas se
faire au détriment du bien-être de la population dans son ensemble.
L'Union doit montrer qu'elle agit pour la protection du modèle social
européen, de l'environnement, du consommateur, de la santé.
Selon vous, le projet de Constitution a-t-il encore un avenir ?
Représenter le même projet aux peuples
qui ont voté non donnerait l'impression que l'on se soucie peu de ce
qu'ont à dire les Européens sur le destin de l'Europe.
2- Le fonctionnement des institutions
Diriez-vous que le système institutionnel imaginé au début de la construction européenne a fait son temps ?
Les données de base du système conçu en
1957 restent valables. La question est de savoir si on peut le faire
fonctionner en donnant plus de droits à un Parlement directement élu,
et dans quelle mesure une politisation éventuelle ne serait pas une
source d'instabilité.
Vous montrez dans votre
livre que l'évolution des institutions européennes a généralement
découlé des projets que leur assignaient les Etats. Il semblerait que
la stratégie de Lisbonne n'ait pas eu les mêmes conséquences. Pourquoi ?
On a essayé de mettre en place une
approche alternative à la méthode communautaire classique. Les
résultats extrêmement modestes de la stratégie de Lisbonne montrent
qu'il n'en existe pas vraiment .
Le traité de Nice est
entré en vigueur le 1er février 2003. On a beaucoup dit qu'il rendait
impossible toute prise de décision. Cela est-il d'ores et déjà visible ?
Pour le moment, la machine tourne : on ne vote pas moins Aujourd'hui
qu'on ne le faisait avant l'élargissement. Ce qu'on ignore, C'est si le
système de Nice est suffisamment robuste pour permettre à l'Union
d'accoucher de nouvelles politiques.
En cas de blocage, une modification du Traité de Nice est-elle envisageable dans les années à venir ?
La question de la modification des
traités n'est pas tant d'ordre institutionnel que d'ordre politique. Il
faudrait pour cela un nombre suffisant d'entrepreneurs capables de
porter à bout de bras un projet politique pour l'Europe.
3- Les citoyens et l'Europe
Comment expliquez vous que l'Union européenne continue d'être perçue comme une machinerie complexe et technocratique ?
La grande complexité du système et
L'absence de relais politiques donnent le sentiment d'une usine à gaz.
Toutes les règles que l'on adoptera au niveau européen en matière de
transparence ne pourront pas y apporter de remède.
Diriez-vous que l'Union européenne souffre d'un manque de démocratie ?
Parce qu'il s'agit d'une union d'Etats,
on ne peut pas attendre de l'Europe autant de démocratie qu'on peut en
demander à un Etat nation. Le respect des minorités, des petits Etats,
entrave toute forme d'expression d'un principe majoritaire. Je préfère
qu'il en soit ainsi : une Europe organisée selon un principe
majoritaire pur comporterait de grands risques.
Avec le référendum sur
la Constitution, la problématique européenne s'est elle durablement
installée dans l'opinion française ? Ou bien n'était-ce qu'une prise de
conscience passagère ?
Il peut être tentant de considérer
qu'il y a eu un feu de paille, et que la fièvre est Aujourd'hui
retombée. Il serait f cheux que cela soit le cas. Puisque la démocratie
européenne est condamnée à être faible, il est important que, sur les
enjeux européens, on ait des débats aussi clairs que possible au niveau
national.
Les récents référendums
et divers sondages ont montré que l'Union suscite de plus en plus de
méfiance, voire de mécontentement chez les citoyens. Comment l'UE
peut-elle retrouver leur confiance ?
Cette méfiance naît du sentiment que
L'Europe ne répond pas vraiment aux questions que se posent les
citoyens sur ce que sera leur propre futur, et plus encore celui de
leurs enfants. Si l'Europe ne se donne pas pour mission de répondre à
ces inquiétudes-là , elle risque d'être l'objet d'un mécontentement plus
fort encore.
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