Notre actualité | 29/08/2011
Dans un entretien accordé au journal Le Monde, le 25 août 2011, l'économiste Henrik Enderlein, chercheur associé de Notre Europe, explique pourquoi il faut mutualiser la dette européenne.
Extraits:
En Allemagne, les chrétiens-démocrates (CDU) et le Parti libéral (FPD) s'opposent aux euro-obligations alors que le SPD et les Verts sont pour. Les euro-obligations sont-elles de gauche ?
Non, elles sont européennes. Le paysage politique allemand est plus complexe qu'il n'y paraît. A droite, il n'y a pas que des opposants. Nombre d'élus de la CDU au Parlement européen sont favorables aux eurobonds. A gauche, il y a de nombreux soutiens mais aussi des voix critiques.
Quels sont les avantages des euro-obligations ?
Elles constituent une solution efficace pour résoudre nos problèmes. La Grèce et sans doute le Portugal et peut-être l'Irlande sont en banqueroute souveraine. Nous n'allons pas résoudre leurs problèmes seulement avec un plan d'austérité, car cela entraînerait une récession qui affecterait l'Espagne, l'Italie, voire la France puis l'Allemagne. Obliger ces pays à quitter la zone euro est irréaliste politiquement et économiquement.Pour diminuer la dette de ces Etats sans trop mettre en danger les banques, je propose d'échanger deux obligations grecques contre une euro-obligation. Les détenteurs de dette grecque perdraient 50 % de leur avoir, mais recevraient en échange des obligations très solides. Pour éviter la contagion, on pourrait aussi proposer aux détenteurs de dettes d'autres pays européens de les échanger contre des euro-obligations avec des taux différents des taux grecs.
Y a-t-il des inconvénients ?
Il y a des contreparties. Ces Etats, qui bénéficieraient d'un transfert de crédibilité, transféreraient une partie de leur souveraineté au niveau européen. Il n'est pas logique que l'Irlande, qui a un impôt sur les sociétés très faible, reçoive de l'argent de la zone euro... Il faut un saut qualitatif de l'intégration européenne. Les politiques économique et budgétaire des pays doivent faire partie d'un ensemble européen. Il est donc essentiel d'avoir un ministre européen des finances comme le préconise Jean-Claude Trichet [le président de la Banque centrale européenne, BCE]. Nicolas Sarkozy et Wolfgang Schäuble [le ministre des finances allemand] disent qu'il faut commencer par l'intégration européenne et que les eurobonds ne peuvent venir que dans un second temps. Ce serait plus logique, mais la crise nous oblige à faire l'inverse pour préserver la zone euro. Il faut faire les deux simultanément.
Télécharger l'article en pièce-jointe.
Articles de
Henrik Enderlein :