Tribune | 20/03/2007
Article pour la revue trimestrielle "Economie & Humanisme" numéro 380, mars 2007.
"Chaque habitude alimentaire compose un minuscule carrefour d'histoires".
"Dans "l'invisible quotidien", sous le système silencieux et répétitif des servitudes quotidiennes dont on s'acquitte comme par habitude, l'esprit ailleurs, dans une série d'opérations exécutées machinalement dont l'enchaînement suit un dessin traditionnel dissimulé sous le masque de l'évidence première, s'empile en fait un montage subtil de gestes, de rites et de codes, de rythmes et de choix d'usages reçus et de coutumes pratiquées. Dans l'espace retiré de la vie domestique, loin du bruit du siècle, on fait ainsi parce qu'on a toujours fait ainsi, chuchote la voix du peuple des cuisines. Pourtant, il suffit de voyager, d'aller ailleurs pour constater que là -bas, on fait autrement sans davantage chercher à s'en expliquer, sans s'aviser de la signification profonde des différences ou des préférences, sans mettre en question la cohérence d'une échelle de compatibilités (le doux et le salé, le sucré et l'aigre, etc) et la validité d'une classification des éléments en non comestible, dégoûtant. mangeable, délectable, délicieux".
Ces quelques phrases de Michel de Certeau nous placent au coeur du sujet : d'une société à l'autre, les croyances et les façons de procéder varient : dans une même société, d'une génération à l'autre, d'une classe sociale à l'autre, d'une localité à l'autre, les modèles de comportement et les règles d'action en matière alimentaire diffèrent et se transforment. Toute l'histoire de l'alimentation humaine est celle de transferts, d'échanges, d'acclimatation d'espèces venues d'ailleurs, et s'il est un domaine où la tradition et l'innovation importent autant l'une que l'autre, où passé et présent se mêlent, où l'individualisation vient changer la donne, c'est bien celui-là .
Articles de
Aziliz Gouez :