Tribune | 18/02/2010

Un invité prestigieux, un thème européen, un jeudi par mois: tel est le Forum Europe, un cycle de conférences organisé par Nicole Gnesotto, titulaire de la chaire Union européenne, institutions et politiques au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), dont La Tribune est partenaire. Jacques Delors, président de la Commission européenne de 1985 à 1995, nous a accordé cet entretien avant son intervention du 18 février au Cnam à Paris.

La Tribune - Vous avez intitulé votre conférence : "l'Union européenne face aux défis de la mondialisation". Voilà un moment que nous sommes confrontés à ces défis...

Jacques Delors - La mondialisation, le capitalisme s'y est adapté, les peuples et les Etats, moins. Beaucoup d'Européens ont eu la révélation brutale que le monde avait changé lors de la conférence de Copenhague sur le climat. Il suffisait de voir le rôle qu'y ont joué les Etats-Unis et la Chine. Les Européens n'ont plus le choix qu'entre la survie et le déclin. Il y a trente ans que je le pense et c'est la raison de mon engagement européen.

- Vous n'êtes tout de même pas pessimiste ?

- Non, mais comme l'atmosphère actuelle est morose, il faut sans cesse rappeler les atouts de l'Europe. Tout d'abord, l'Europe est une communauté de droit et de valeurs, ce qui est important dans un monde toujours aussi troublé. Le droit est ce qui permet à des peuples d'agir ensemble. L'Europe est aussi un stimulant économique. Je reste persuadé que si la France était restée en dehors de l'aventure européenne, elle se serait moins développée, même si tout est loin d'être parfait. Parmi les réussites de la construction européenne, je voudrais citer les politiques communes : la PAC (politique agricole commune) qui a non seulement permis à notre pays de devenir une grande puissance agricole, mais aussi de remplir nos besoins essentiels en assurant l'indépendance alimentaire du continent ; les fonds structurels, destinés à assurer la cohésion entre régions riches et régions moins développées, sont passés de 5 milliards d'euros avant mon arrivée à la présidence de la Commission [janvier 1985-janvier 1995, Ndlr] à 40 milliards aujourd'hui. C'est précisément ces deux politiques que certains détracteurs de l'Europe et certains dirigeants de pays membres ont en ligne de mire quand il s'agira de discuter des perspectives financières 2013-2020. Or, ce sont deux grandes politiques qu'il faudra défendre "” et bien sûr adapter ! N'oublions pas, en outre, que l'Union européenne est la première puissance commerciale du monde, la première aussi pour l'aide au développement et la première quand il s'agit de faire face aux grandes catastrophes naturelles. Après le séisme en Haà¯ti, l'UE a quand même mis 430 millions d'euros sur la table ! Dans le climat de désenchantement et de scepticisme dû à la crise, il est bon de rappeler tout ça...

 

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L'auteur
Jacques Delors a présidé la Commission européenne de 1985 à 1995. En octobre 1996 il a créé le Groupement d'études et de recherches Notre Europe, dont il est aujourd'hui le président fondateur. De mai 2000 à juillet 2009, il fut également président du CERC - Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale. Assistantes : Ute Guder et Christelle Vasseur Conseiller : Jean-Pierre Bobichon Presse: Stéphanie Baz