Tribune | 23/11/2011
Jacques Delors a accordé un court entretien au magazine Challenges, publié le 23 novembre 2011, à propos de la crise économique et de l'Allemagne.
Extraits:
Jacques Delors "Si l'euro saute, l'Allemagne trinquera!"
Quand on évoque une "Europe allemande", cela vous
inquiète-t-il ?
Non, parce que nous n’en sommes pas encore là, même si l’économie
allemande est la plus performante de la zone euro.
L’Allemagne en tout cas exerce un leadership…
Le leadership allemand a été plutôt désastreux avec la
valse-hésitation d’Angela Merkel du début de la crise à l’été 2011. Peut-être
n’avait-elle pas bien saisi l’importance de l’Europe pour l’Allemagne ? Mais
maintenant elle le reconnait elle-même, "si l’euro saute, l’Allemagne
trinquera".
La coalition allemande n’a-t-elle pas changé de discours ?
Oui, mais je vous le rappelle, c’est l’Allemagne qui avait refusé
en 1997 le pilier économique du rapport Delors. C’est ce refus qui a fait que
l’Union économique et monétaire ne marche que sur une seule jambe. Aujourd’hui,
Angela Merkel a repris l’offensive sur le futur de l’Europe, et sent bien qu’il
faut une réforme des traités pour faire passer de nouveaux transferts de
souveraineté, et les faire accepter par la cour de Karlsruhe.
Angela Merkel est-elle la mieux placée pour cette nouvelle étape ?
La situation de l’Allemagne est telle qu’on doit accepter de
discuter de ses propositions. Selon moi, celles-ci sont de nature à casser le
modèle communautaire, qui a jusqu’ici permis d’avancer en Europe. Sa
"méthode de l’Union", qui vise à transformer la Commission en un
secrétariat technique, ne peut pas marcher. Elle vient de proposer d’élire au
suffrage universel le Président de la commission pour donner un visage à
l’Europe. Mas un visage sans bras, puisque la Commission serait privée du
monopole du droit d’initiative qui est son moteur.
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