Tribune | 06/05/2010
Interview de Jacques Delors paru dans le magazine Challenges du 6 mai 2010.
Jacques Delors répond aux questions de Challenges:
La crise grecque, les atermoiements de l'Union, le recours au FMI, n'est-ce pas la fin du voyage européen, 60 ans après l'appel de Robert Schuman ?
Je l'ai dit, je suis meurtri. l'Europe avait la possibilité de résoudre cette crise sans faire appel au FMI. C'est un aveu d'impuissance politique. Je comprends qu'il soit normal de ne pas garantir à tout le monde la solidarité, quelles que soient les bêtises que l'on fasse. Mais une fois confronté au problème, moralement, il faut résister face à la spéculation des banques, dont certaines sont celles qui ont reçu l'aide des Etats il y a un an ! Et l'Union européenne avait les moyens de le faire.
Comment pouvait-elle sauver la Grèce ?
En mobilisant les ressources financières nécessaires pour permettre à la Grèce de résister. Certains pays ne voulaient pas payer pour les erreurs grecques, comme les Allemands et les Hollandais. Mais il y a deux idées que l'on oublie en Europe Aujourd'hui. La première, je l'ai apprise de Kohl : l'Allemagne reçoit de l'Europe, mais elle doit aussi donner. La deuxième est française : tous les pro-européens français ont considéré que la grandeur de la France passait par l'unité de l'Europe. Si on perd ces deux idées on n'y arrive pas. Celle de l'Allemagne est perdue depuis Schrà¶der. Celle de la France est en train de se perdre, sous la poussée des « égo ». Ajoutons les défaillances du Conseil de l'Euro qui n'a rien vu venir y compris les crises de l'endettement du secteur privé. La responsabilité des 16 pays membres est donc engagée pour assurer l'avenir de l'UEM...
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