Tribune | 03/12/2009 

Interview pour le site d'Euractiv.com. Propos recueillis par Georgi Gotev.

Monsieur le Président, nous nous trouvons dans le b timent Jacques Delors du Comite économique et Social, qui abrite aussi le Comite des Régions, et nous fêtons le vingtième anniversaire de la Charte économique et sociale, pour laquelle vous avez été le moteur. Ce b timent porte votre nom, comme la tradition l'exige pour les édifices qui abritent les institutions européennes, car vous êtes considérér comme l'un des pères de l'Europe. Il y a quelques semaines nous commémorions le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin et, là aussi, vous avez joué un rôle important pour la réunification de l'Allemagne et pour l'élargissement qui a suivi. Comment l'Europe vous apparaît-elle Aujourd'hui, alors qu'elle se trouve à un tournant avec l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne ?

d'un point de vue historique, l'UE a répondu à l'un des défis principaux qui s'adressait à elle, C'est-à -dire celui des pays qui frappaient à sa porte. Elle l'a fait à quatre reprises : l'adhésion anglaise tout d'abord, puis les pays qui accédaient à nouveau à la démocratie - la Grèce, l'Espagne, le Portugal - et qui se sont immédiatement intégrés à l'esprit de la communauté européenne de l'époque.

Il y a ensuite eu les pays de l'ex zone de libre échange : la Finlande, l'Autriche et la Suède. Pour eux, J'avais déjà construit l'Espace économique européen (EEE), mais ils ont voulu être à l'intérieur de l'Union.

Enfin, deux événements liés à la chute du Mur de Berlin et du communisme. La réunification allemande tout d'abord : la Commission européenne a joué un rôle moteur dans ce domaine. J'ai dis dès le lendemain de la chute du Mur que les Allemands de l'Est appartenaient à l'Europe. Et enfin, il y a eu le grand élargissement. l'UE a ouvert ses bras à ses frères de l'Est. Ce fut un grand moment de ferveur.

Mais ça n'était pas facile. Par exemple pour la réunification allemande il y a eu des réticences françaises.

Il y a beaucoup de légendes là -dessus. La rapidité des événements a bousculé les pays membres de l'Union européenne. Les nombreuses hésitations dans certains pays lors du grand élargissement de l'UE sont plus regrettables. J'y vois une des causes des non aux référendums pour le Traité de Lisbonne [ndlr : non français et néerlandais au Traité constitutionnel européen en 2005 et non irlandais au Traité de Lisbonne en 2008].

Premièrement, les gouvernements n'ont pas su mener de pair approfondissement et élargissement quand je leur ai proposé en 1992. Deuxièmement, ils n'ont pas expliqué à leurs opinions publiques la grandeur du geste historique qui consistait à accepter les anciens pays du bloc de l'Est dans notre famille. Par conséquent nous payons toujours ces deux erreurs ou fausses manoeuvres...

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L'auteur
Jacques Delors a présidé la Commission européenne de 1985 à 1995. En octobre 1996 il a créé le Groupement d'études et de recherches Notre Europe, dont il est aujourd'hui le président fondateur. De mai 2000 à juillet 2009, il fut également président du CERC - Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale. Assistantes : Ute Guder et Christelle Vasseur Conseiller : Jean-Pierre Bobichon Presse: Stéphanie Baz