Tribune | 07/04/2011 

Interview accordée à Euractiv, lundi 4 avril 2011 à Bruxelles.

Contrairement à leurs illustres prédécesseurs, la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Nicolas Sarkozy, maintiennent une alliance « superficielle », a déclaré Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, lors d'un entretien exclusif accordé à EurActiv.

Jacques Delors, considéré comme un des pères de l'UE, fut néanmoins exclu de la rédaction du Traité constitutionnel et du Traité de Lisbonne par les président Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy respectivement. Il est aussi le fondateur du groupe de réflexion français Notre Europe.

M. Delors, les députés européens vous ont longtemps applaudi, le mois d’Octobre dernier, lors de votre précèdent passage a Bruxelles. Je crois que personne n’a encore eu droit à de telles ovations. Vous avez été applaudi pour votre œuvre, amis aussi pour avoir été très critique envers l’Allemagne. La crise touche l’Europe d’une façon très forte et vous avez posé la question si l’Allemagne restait fidèle aux valeurs européennes. Quelle est votre analyse ?

Il me semble que le climat n'est pas très bon, pour des raisons qui n'ont rien à avoir avec la qualité de tel ou tel dirigeant européen. D'une part, la globalisation sème la crainte voir l'effroi chez les citoyens, et il y a une tension entre le global et le local. Et quand il y a une tension de ce type, les gens qui sont dans le local cherchent à trouver des appartenances, des références à quoi s'accrocher. Ça peut être la commune, ça peut être le Land en Allemagne, ça peut être l'État national, mais enfin tout ça glisse quand même vers un peu plus de nationalisme.

Le second élément c'est que comme ces sociétés sont très compliquées et en même temps les médias, le quatrième pouvoir, ont pris une importance considérable, tout en essayant de tout simplifier, il s'est creusé un écart inquiétant entre ce que l'on appelle les élites, je dirais ceux qui ont le pouvoir, parce que le mot élite est un peu péjoratif, et les gens de la base. Ce deuxième point rend plus difficile d'expliquer : pourquoi l'Europe ? Mais en plus il engendre du populisme et des remarques d'extrême gauche ou d'extrême droite dans tous nos pays.

Ce climat là n'est pas favorable d'une part au rapprochement des points de vue entre les États européens, et d'autre part à créer un sentiment chez les citoyens d'appartenir en plus de leur nation, qui reste essentielle, à cette ambition globale, à ce navire en commun qui est l'Europe.

Cela je pense sont les deux raisons essentielles. Elles peuvent s'incliner de façons différentes selon les pays. Et l'autre jour puisqu'il s'agissait de l'anniversaire de la réunification allemande et que l'Allemagne était donc au premier rang, j'ai posé la question aux Allemands. Mais j'aurais pu aussi bien la soulever devant les Hollandais, les Belges, les Français, les Italiens ou les Espagnols. Donc il ne fallait pas interpréter mes propos comme un relent de cette vague antiallemande, ou de méfiance vis-à-vis de l'Allemagne qu'on voit dans les autres pays, parce l’économie allemande va mieux que celles des autres pays, parce qu'ils exercent une influence quand même considérable sur les questions économiques et monétaires, comme l'on le voit dans la préparation des modifications de l'Union économique et monétaire.

Donc je profitais de cette occasion, sans démagogie. Mais je ne l'aurais pas fais en France. Parce qu'en France aussitôt cela aurait montré un soutien à ceux qui critiquent l'Allemagne à tort et à travers. Mais là c'était mon rôle de leur dire : Alors après cette chute du mur, chers amis allemands, comment voyez-vous votre avenir? Le vôtre et celui de vos voisins?

 Mais derrière tout ça il y a l'euro. Vous êtes le père de l'euro.

 Un des pères de l'euro.

 

Pour lire la suite de l'interview: Euractiv

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L'auteur
Jacques Delors a présidé la Commission européenne de 1985 à 1995. En octobre 1996 il a créé le Groupement d'études et de recherches Notre Europe, dont il est aujourd'hui le président fondateur. De mai 2000 à juillet 2009, il fut également président du CERC - Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale. Assistantes : Ute Guder Conseiller : Jean-Pierre Bobichon Presse: Stéphanie Baz