Tribune | 12/11/2009
Interview de Tommaso Padoa-Schioppa dans Les Echos du 12 novembre 2009.
Pensez-vous que les Européens ont tiré les leçons de la crise ?
Je pense que l'Europe, comme les autres régions du monde, n'a tiré que des leçons superficielles, sans s'attaquer aux causes profondes. La crise a en effet plusieurs couches : la plus visible a été constituée par la panique des marchés, mais, au dessous, il y avait la bulle financière et, au fond, les déséquilibres d'un modèle de croissance fondé sur la consommation et l'endettement. Nous sommes sortis de la panique, mais l'on peut craindre que d'autres bulles réapparaissent du fait de la surabondance de liquidités aggravée par les politiques monétaires expansionnistes. Mais une question reste posée : va-t-on reprendre le même modèle de croissance ou s'engager sur une autre voie ?
Vous montrez dans votre dernier livre (1) que l'Europe n'a pas su réagir à la tempête.
L'Europe souffre d'un désavantage : elle n'est construite qu'à moitié. La crise a révélé cette faiblesse. Ou elle en sortira désagrégée ou le choc provoquera une accélération de son intégration. Jusqu'ici, l'effet de désintégration a été le plus fort. Les secteurs les plus frappés ont été secourus par des politiques nationales et même nationalistes. On a re-fragmenté un marché qui était en train de s'unifier. Les soutiens à l'automobile ont été décidés sur le plan national et la politique européenne de la concurrence a été mise à mal. Il a manqué une réponse unique. Le rapport de Larosière sur la supervision bancaire en Europe, repris par la Commission, essaie de tirer l'Europe vers plus d'intégration. Mais il est trop tôt pour dire laquelle des deux forces va l'emporter.
Retrouvez l'intégralité de l'article sur le site des Echos
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