Tribune | 10/03/2003

Les trois objectifs pour la "grande Europe". n'ayant "jamais cru" que tous les objectifs du Traité pouvaient être atteints à vingt-cinq, M.Delors a ainsi décrit les trois objectifs de la grande Europe :

"1. La constitution d'un espace de paix et de sécurité, notamment au regard du passé de nombreux pays qui ont la douloureuse mémoire d'avoir été le jeu de traités. Doit aussi être assurée la sécurité des personnes qui relève des politiques de l'actuel troisième pilier.

2. Un cadre pour le développement durable, au-delà de l'extension des bénéfices du grand marché, comportant la compétitivité qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit. Les investissements européens en matière de recherche, de technologie et pour les grands travaux doivent augmenter. l'action de l'Union en faveur des régions en retard démontre que la solidarité européenne est une réalité (mais les perspectives budgétaires de l'UE pour la cohésion sociale et territoriale de l'Europe élargie sont préoccupantes). La politique de l'environnement et, dans une mesure raisonnable, la politique sociale font partie également de la solidarité communautaire.

3. Une expression enrichie des diversités. l'Europe doit se donner les moyens de lutter contre l'uniformisation qui menace du fait des excès de la mondialisation.

Un accord politique sur ces trois objectifs dans le futur Traité constitutionnel permettra dans 25 ans aux historiens d'écrire que l'Europe a apporté sa pierre à une certaine maîtrise de la mondialisation."

La politique étrangère commune. "A mon avis, des actions communes devraient être menées uniquement lorsque cela est possible, et donc pas dans le cadre de coopérations renforcées ou d'une avant-garde. l'ensemble des moyens de la Commission (y compris dans les domaines de l'aide au développement et de la politique commerciale) devraient être mis au service de la politique étrangère lorsqu'une action commune est entreprise. Mais cette formule se heurte à une opposition franco-britannique. La proposition franco-allemande (un ministre européen des Affaires étrangères) part du principe qu'il faut jouer sur la progressivité. Cette option présente l'avantage de ne pas mettre l'UE à nu dans le domaine de la politique étrangère, mais l'inconvénient de s'engager dans la voie d'une Europe à deux vitesses."

La politique de défense. "Une coopération renforcée, ou le cas échéant (note : en cas de crise dans la Convention) une avant-garde, est indispensable. La défense est une question d'ambitions, de moyens et de technologies. Une politique européenne de défense ne pourra se développer qu'en s'appuyant sur les pays qui en ont la volonté et les moyens. l'Europe doit développer sa propre industrie de défense, aussi bien du point de vue stratégique qu'économique. Il faut faire clairement comprendre à tous, en particulier aux Etats candidats, que l'Union n'a pas pour seule vocation de traiter des questions économiques, tandis que le politique relèverait de l'OTAN. l'Europe n'a pas été faite pour arriver à cela."

L'Union économique et monétaire. "La politique économique ne peut pas se centrer sur le déficit budgétaire sans prendre en compte, par exemple, la part des dépenses qu'on peut qualifier "d'avenir". Il faut des règles nouvelles, et que la Commission prenne ses responsabilités et dispose d'un droit d'initiative. La création d'un "Monsieur Euro" qui puisse représenter la zone euro à l'extérieur est nécessaire. Cette représentation pourrait être assurée par le président de la Commission, ou par une présidence plus longue de l'Eurogroupe. Un "pacte de coordination des politiques économiques" ne remplacerait pas le pacte de stabilité et de croissance mais s'y ajouterait. Le contenu du budget et la qualité des dépenses sont aussi importants que le plafonnement du déficit à 3% du PIB. Dans la période de vaches grasses, moins d'asymétrie aurait permis d'augmenter de 1% le taux de croissance et l'occasion aurait été saisie de réduire le déficit budgétaire. Demander maintenant de poursuivre la réduction jusqu'à son élimination en 2006, dans une période de difficultés et de faible croissance, est inopportun (...). Il faut tirer les enseignements du passé. Un pacte de coordination des politiques économiques enrichirait le pacte de stabilité maintenu. Et l'UEM devrait devenir une coopération renforcée pour mettre fin à la situation dans laquelle l'Eurogroupe se réunit et ensuite les Quinze prennent les décisions, avec le risque d'introduire un cheval de Troie dans le dispositif (...). La coordination des politiques économiques favoriserait la compétition loyale, à la condition d'harmoniser deux points : la fiscalité des revenus du capital et les grandes règles de l'impôt sur les entreprises. Il est anormal que l'Irlande pratique un dumping fiscal tout en percevant de nombreuses aides communautaires."




    Faire suivre à un ami     Tribunes
L'auteur