Tribune | 15/11/2006
Le 26 août dernier s'est éteint à Bordeaux François Lamoureux, un forgeur infatigable d'idées et de projets audacieux « au mépris des rythmes de l'horloge humaine », un navigateur visionnaire à la poursuite sans cesse en en tous lieux du rêve européen, un frondeur impitoyable de tous ceux qui osaient marcher sur ce rêve.
j'ai eu le privilège de le connaître, et dans certains cas de le côtoyer, durant de longues années.
Tout d'abord, en coopérant avec lui dans la poursuite de plusieurs actions ainsi que dans l'élaboration et dans la valorisation de certains projets : J'ai connu là un collègue d'une rigueur, d'une probité et d'une efficacité professionnelles qui forçaient l'admiration, voire une sorte de crainte révérencielle.
Au cours des dernières années, ces relations initialement quelque peu réservées sur le plan professionnel ont évolué. Nous avons découvert des valeurs et des approches de pensée communes. J'en suis devenu l'ami, plus tard le confident de ses défis, puis de ses déceptions, de ses amertumes, de ses projets d'avenir comme professeur de l'Université de Bordeaux et du Collège européen de Parme.4 Un avenir dans lequel il croyait avec l'obstination qui lui était propre, comme le montre une lettre manuscrite qu'il m'a envoyée, peu de temps avant de mourir, rédigée dans un lit de souffrances, d'une main qui - C'est son épouse qui me l'a rapporté -n'avait plus la sûreté d'autrefois. Une lettre émouvante, un appel poignant à la vie, dont les quelques lignes demeurent gravées dans les souvenirs qui ne subissent pas les outrages du temps.
Les témoignages de personnalités éminentes, tel celui de Jacques Delors, ont remarquablement décrit les qualités et les réalisations exceptionnelles de cet Européen exceptionnel. Le mien ne saurait être à leur hauteur. Mais l'humanité aussi profonde que J'ai découvert en cet homme au « caractère rugueux », comme d'aucuns l'ont peint, et l'amertume d'une fierté blessée et d'un rêve brisé que le navigateur qui tend les voiles m'a par ce geste léguée, me poussent à remémorer des événements dont J'ai été un témoin privilégié ainsi que quelques beaux moments qui nous ont permis de vivre en complices notre européanité.