Tribune | 31/12/2000 
Avant d'explorer l'avenir, il n'est pas inutile de porter un jugement nuancé sur l'état de l'Union. Trois constatations dominent : 
  • Les mécanismes de décision et d'action continuent certes à fonctionner, mais dans des conditions d'efficacité, de transparence et de "democratic accountability" de moins en moins satisfaisantes. Les décisions prises au Conseil Européen de Nice ne me paraissent pas de nature à remédier à cette inquiétante dérive. 
  • Les débuts de "L'Europe de la Défense" sont prometteurs. Certes, il s'agit pour le moment de se concentrer sur la création d'une capacité d'intervention rapide, permettant aux Européens, avec ou sans la participation des Américains, de mener des missions humanitaires et des actions visant au maintien ou au rétablissement de la paix. Mais tous les problèmes ne sont pas réglés, notamment avec l'OTAN. Les pays européens devront tirer toutes les conséquences - y compris budgétaires - de leur choix. Ils ont réussi à éviter les préalables idéologiques ou dogmatiques. Nous attendons la suite. 
  • Si les conclusions de Nice sont décevantes du point de vue de la pertinence des institutions communes, il n'en demeure pas moins qu'elles ouvrent la voie au grand élargissement. Et on comprend, de ce point de vue, la satisfaction - que je partage - des pays candidats.

à€ partir de là , et en pensant à l'échéance de 2004 que se sont fixé les pays membres pour revoir le schéma institutionnel, trois questions préalables peuvent nourrir utilement le débat, dans les trois ans qui viennent.

1. Quelles finalités peut-on raisonnablement assigner à la Grande Europe (une Europe à 28, puis, avec les pays des Balkans et d'autres postulants de l'Ouest, à 33, à 35 membres) ?

2. Quel discours de la méthode pour faire réussir l'Europe : quelles institutions, voire quelle constitution, quelle place pour la charte des droits fondamentaux ?

3. Comment concilier élargissement et approfondissement, question classique, mais incontournable. Quelle utilité pour une avant garde, ou des coopérations renforcées ?




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L'auteur
Jacques Delors a présidé la Commission européenne de 1985 à 1995. En octobre 1996 il a créé le Groupement d'études et de recherches Notre Europe, dont il est aujourd'hui le président fondateur. De mai 2000 à juillet 2009, il fut également président du CERC - Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale. Assistantes : Ute Guder et Christelle Vasseur Conseiller : Jean-Pierre Bobichon Presse: Stéphanie Baz