Tribune | 03/09/2006

Le bonheur du voyage. Ethique, action, projets pour relancer l'Europe, de Philippe Herzog, est une contribution originale au débat sur L'avenir de l'Europe. Cet essai percutant et provocateur s'adresse à  tous les Européens mais en premier lieu aux Français, que l'auteur invite à faire leur auto-critique et à redéfinir en profondeur leur relation à l'Europe.

La mondialisation et les bouleversements qu'elle induit pour les sociétés européennes y sont identifiés comme le principal défi auquel doit répondre la France et L'Europe contemporaines. Ces transformations « arrachent en effet chaque peuple à son ancrage territorial ancestral et l'oblige à se redéfinir ». Récusant le « mythe de l'exception nationale », battant en brèche l'attitude qui consiste à se replier sur l'Etat nation pour lui demander protection, Philippe Herzog expose de façon très convaincante les vertus du dialogue transnational. A rebours d'un débat européaniste dominé par l'idée qu'il faut mieux expliquer aux citoyens la dimension protectrice de l'UE, l'auteur affirme qu'il faut au contraire expliquer que la construction européenne est avant tout mouvement d'ouverture à  L'Autre, cheminement vers une prise en compte de l'altérité. Sa démarche se distingue des discours qui voudraient faire croire que la volonté d'approfondissement de l'intégration européenne est source de blocages. l'auteur rejette l'opposition établie par le Britannique Gordon Brown entre « Europe inward looking » et « Global Europe », entre volonté d'intégration et réponses apportées aux enjeux globaux : « aucun pays, aucune région du monde n'affrontent la compétition sans réexaminer leur structure interne ».

Qui doit agir ? Pour Philippe Herzog, « participer, C'est s'impliquer avec des responsabilités ». Nous ne pouvons plus nous contenter d'analyses ou de débats d'idées sur L'Europe. Chacun de nous est invité à s'engager dans la construction d'un nouveau projet collectif européen. A l'heure où triomphent les valeurs individuelles et individualistes, Philippe Herzog insiste sur L'importance de la dimension collective de l'action. Dans un pays comme la France, où l'héritage de la Révolution ne reconnaissait rien entre L'individu où l'Etat, il rappelle très à propos la co-responsabilité des corps intermédiaires que sont les syndicats, les entreprises, les associations et les territoires : « Les Etats doivent renvoyer des pouvoirs aux citoyens et à ces acteurs ». Il plaide pour une approche consistant à « inverser la logique politique », à « faire entrer une société civile profondément renouvelée dans le champ politique » : « les dirigeants nationaux ont toujours présenté l'Europe comme une contrainte, tout en prétendant la diriger, et ils l'ont gouvernée sans les citoyens ».

Nous invitant à « nous promener davantage dans notre histoire pour redécouvrir nos valeurs et être capables de les renouveler », l'essai de Philippe Herzog constitue donc une remarquable démonstration que l'engagement pour l'Europe peut être fondé sur une « éthique de la responsabilité tournée vers l'autre ».

Se procurer l'ouvrage : Confrontations Europe
Email : confrontations@wanadoo.fr - Adresse : 41, rue Emile Zola - 93107 - Montreuil/Bois - cedex - Tél : 00 33( 0)1 49 88 11 94 Fax : 00 33 (0) 1 49 88 11 84




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