Tribune | 18/03/2010 

Avec la crise, l'euro est soit montré en exemple, soit montré du doigt. L'Italien Tommaso Padoa Schioppa, considéré comme un des pères fondateurs de la monnaie unique européenne, a débattu avec les députés européens le 16 mars. Il a accepté de répondre à quelques questions.

Tommaso Padoa Schioppa est actuellement président de l'association « Notre Europe », créée par Jacques Delors en 1996. Il a été ministre de l'économie et des finances en Italie de 2006 à 2008 et membre du directoire de la Banque centrale européenne de 1998 à 2005.

Vous êtes souvent considéré comme un des pères fondateurs de la monnaie unique européenne. L'euro a-t-il été à la hauteur de ce que vous avez pu attendre de lui quand vous l'avez imaginé il y a 25 ans ?


Tommaso Padoa-Schioppa : Mes attentes ont été comblées, c'est un énorme succès. Cela assure un haut niveau de stabilité financière et la Banque centrale européenne gère l'euro de façon très efficace en période de crise.

En revanche, certaines de mes attentes ont été déçues concernant d'autres politiques européennes. Il y a eu trop peu de progrès, l'action de l'Union européenne a parfois été insuffisante, mais cela ne concerne en rien l'euro.

Euro vs. dollar : lequel prendra le dessus sur le long terme ? Laquelle de ces deux monnaies deviendra - ou restera - la monnaie mondiale de référence ?

TPS : Le système monétaire est très incertain sur le long terme. Le monde est de plus en plus globalisé et compte de plus en plus de grands acteurs économiques. Il est ainsi de plus en plus difficile pour une monnaie d'être la seule monnaie mondiale de référence. C'est vrai pour le dollar mais ce sera aussi vrai pour l'euro.

Ce qu'il faut, c'est développer une nouvelle forme de coopération monétaire internationale. Tout est encore à inventer, on en est très loin.


On entend de nombreuses voix qui doutent de la pérennité de l'euro. Est-ce une conséquence d'un manque de confiance ou y a-t-il des risques que l'euro soit un jour abandonné ?


TPS: Personne ne pense que l'Union européenne est en danger d'une quelconque façon que ce soit. Comme dans chaque grand débat, on entend des opinions différentes, mais je ne vois aucune personne faisant autorité qui prédit quelque chose de semblable.

Je ne vois moi-même aucun indice allant dans cette direction. A l'inverse, en ce moment il y a une prise de conscience que l'euro est un élément commun de la solidité européenne.

Cet artice est également disponible sur le site du Parlement européen




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L'auteur
Tommaso Padoa-Schioppa est décédé le 18 décembre 2010 à l’âge de 70 ans. Il était Président de Notre Europe et de Promontory Europe. Il avait été nommé le 3 août 2010 par le Premier Minsitre grec, George Papandreou, Conseiller pour les questions liées à la gestion de la crise économique et de la dette publique au système financier. Il était Président du Comité des Garants de la Foundation & International Financial Reporting Standards (IFRS). Il était ancien Ministre de l'Economie et des Finances italien (2006-2008) et Président du Comité Ministériel du Fonds Monétaire International (IMFC, 2007-2008). Il a été Président de la Fondation de l'IASC (International Accounting Standard Committee, 2005-2006). Entre 1998-2005, il fut membre du premier Conseil d'Administration de la Banque Centrale européenne. Auparavant il fut Président de la Commissione Nazionale per le Società e la Borsa (CONSOB, 1997-98), Directeur Général Adjoint de la Banca d'Italia (1984-97) et Directeur Général pour les Affaires Economiques et Financières à la Commission  européennes (1979-83).  Co-rapporteur du Comité Jacques Delors pour l'étude sur l'Union Economique et Monétaire (1988-1989) ; président du Comité Consultatif Bancaire de la Commission des Communautés européennes (1988-1991) ; du Comité de Bà¢le sur le Contrôle Bancaire (1993-1997) et du "Committee on Payments and Settlement Systems" du G10 (2000-2005).