Tribune | 03/09/2006
TRIBUNE, OUEST FRANCE, 2 FÉVRIER 2006.
L'Autriche, Présidente de l'Union européenne depuis janvier 2006, a
placé la question de l'identité européenne au coeur de son mandat. Elle
a organisé à Salzbourg, les 27 et 28 janvier, une Conférence intitulée
« Faire résonner l'Europe », afin d'amener chefs de gouvernements,
« eurocrates », intellectuels et artistes à débattre de questions
fondamentales pour l'avenir de l'Europe. Il était temps : l'Union
traverse l'une des plus graves crises de sa jeune existence.
Le 27 janvier est un double symbole.
C'est la date de la libération du camp d'Auschwitz en 1945 et le 250e
anniversaire de la naissance de Mozart. Aux lendemains de la guerre,
les militants européens issus de la résistance - socialistes,
fédéralistes ou chrétiens - ont une conscience aigue de la nécessité de
brider la souveraineté absolue des Etats-nations. Pour que jamais plus
ne se déchaînent les nationalismes dévastateurs, ils organisent le
transfert de certaines compétences nationales vers une entité politique
supérieure. C'est alors au nom de l'Homme, au nom de la survie même de
la civilisation européenne, qu'il faut s'unir : « L'Europe est une
conception de l'esprit. Mais si les hommes cessent de porter cette
conception dans leur esprit et cessent de ressentir sa valeur dans
leurs coeurs, elle mourra (...) C'est la suprême chance, et si nous la
laissons échapper, personne ne peut prédire quelle catastrophe
résultera de cet abandon ». En 1947, Churchill évoque ainsi
L'importance qu'aura l'Europe pour les générations futures. Or,
Aujourd'hui, les principes ayant présidé à la construction européenne
peinent à mobiliser les citoyens. La paix est devenue un acquis. Elle
n'est plus à conquérir. Le projet européen est arrivé à un tournant de
son histoire. Nous avons un marché commun, une monnaie unique, une
politique commerciale commune. Cela ne suffit pas. l'Europe a
maintenant besoin d'un « supplément d' me ».
L'évocation de Mozart ne doit pas faire
oublier que l'identité européenne n'est pas réductible à la « Haute
culture ». l'Europe est l'affaire de tous. Le projet européen ne vivra
pas s'il n'est soutenu que par les segments les plus riches, les plus
éduqués et les plus mobiles des sociétés européennes. Rendant plus
prégnantes les inégalités entre riches et pauvres, la globalisation est
le défi majeur auquel l'Union doit Aujourd'hui apporter des réponses.
Elle peut constituer une chance pour l'identité européenne, faisant
prendre conscience aux Européens de la nécessité de créer
collectivement un projet nouveau. Les champs potentiels d'action ne
manquent pas. Nos sociétés sont porteuses de conceptions originales de
L'équilibre entre individu et société, ou entre les hommes et leur
environnement. Des voix s'élèvent pour demander que la promotion de la
diversité interne de l'Europe devienne l'un des objectifs majeurs de
L'Union, dans un monde marqué par la progression de la standardisation
culturelle. Une telle politique trouverait facilement ses déclinaisons
concrètes : le soutien, par exemple, de la diversité linguistique de
L'Europe, incluant les langues les moins répandues, comme l'Estonien ou
le Breton. Et elle nourrirait le sentiment d'appartenance à l'Union de
façon plus consistante que des politiques visant à harmoniser la taille
des stylos à billes.
Face aux défis globaux, à ce que
Jacques Delors appelle les « appels du large », les Européens ont
besoin de rassembler leurs forces. La première étape consiste à rendre
explicite ce qui les lie, pour ensuite transformer ces caractéristiques
et aspirations communes en un nouveau projet commun. Une telle t che ne
saurait être confiée au pouvoir politique. l'identité ne se décrète pas
d'en haut. Un projet de civilisation ne vaut rien s'il n'est porté par
chacun de ses membres. Les autorités publiques doivent certes jouer
leur rôle de catalyseur. Mais C'est avant tout à la société civile
d'alimenter cette réflexion collective. C'est à tous ceux qui pensent
que cela sera important d'être Européen, dans le monde de demain,
d'apporter leur pierre à l'édifice commun.
Lire l'étude.