Tribune | 18/07/2011
A l'occasion de la parution de son ouvrage intitulé "La politique européenne de cohésion" paru à La Documentation française, Marjorie Jouen accorde une interview à Euractiv.fr ce lundi 18 juillet 2011. Elle y retrace l'évolution de la politique régionale. En trente ans de réforme, le rôle des collectivités locales françaises s'est affirmé mais l’État continue d'occuper une place à part.
Extraits:
La politique régionale européenne est-elle devenue une vraie politique d’aménagement du territoire?
De manière un peu provocatrice, je dirais qu’il est heureux que ce ne soit pas une politique d’aménagement du territoire ! Cette notion renvoie à une approche centralisée, qui a été celle de la France, mais aussi celle des Pays-Bas, jusqu’au milieu des années 80.
La politique régionale a suivi une démarche plus créative et diversifiée. Elle fonctionne par objectifs et se rapproche ainsi de la politique de développement appliquée aux pays émergents. Mais sa gouvernance implique davantage les collectivités locales.
Dans votre ouvrage, vous rappelez que l’UE a eu du mal à prendre en compte la spécificité des territoires (handicaps géographiques, quartiers urbains, espaces ruraux)…
Les freins qu’on a connus pendant longtemps avaient trait à la souveraineté nationale. En anglais, le terme ‘territory’ est sensible puisqu’il renvoie au langage militaire. La gestion du territoire a longtemps été associée à la notion de surveillance.
De plus, pendant des dizaines d’années, les facteurs de succès d 'un territoire se réduisaient à deux choses: les voies de communication et les richesses tirées du sous-sol. Puis, la sortie du modèle industriel et l’avènement des nouvelles technologies ont changé la donne.
On comprend désormais que le succès d'un territoire dépend aussi de la matière grise, du niveau d'éducation des populations, l’esprit d’entreprise et de coopération. La conception géographique du territoire s’est déplacée vers une conception plus humaine et la politique de cohésion a suivi cette évolution. Il y a certes des handicaps naturels, mais il est possible de jouer sur d’autres leviers.
Le Limousin, par exemple, qui fait partie des meilleurs élèves pour les dépenses de fonds structurels, a fait le pari un peu fou d’attirer des nouvelles populations en misant sur son image verte. La région n'atteint pas des records en termes de croissance ou d'investissement, mais elle s’est repeuplée.
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