Tribune | 03/01/2011 

Hommage collectif à Tommaso Padoa Schioppa paru dans Le Monde du 24 décembre 2010.

Avec la disparition de Tommaso Padoa-Schioppa (Le Monde du 23 décembre), survenue brutalement à Rome samedi 18 décembre, l'Europe perd un « grand commis » qui a marqué de son empreinte le difficile chemin vers l'unité.

Né en 1940 à Belluno, il grandit dans l'Italie du « miracle économique » ; au lendemain de brillantes études à l'université Bocconi de Milan et au Massachusetts Institute of Technology (MIT), il choisit la voie - atypique pour son milieu d'origine et pour sa formation - du service public, qu'il ne devait plus quitter.

Entré en 1968 à la Banque d'Italie, pépinière de grands serviteurs de l'Etat italien, il en gravit rapidement les échelons. C'est lors de son départ de cette institution, à laquelle le liaient des sentiments très forts, qu'il va tisser un réseau de premier ordre dans le monde des banquiers centraux, alternant des positions de premier plan au niveau national et dans les institutions internationales (Commission européenne, Banque des règlements internationaux, Fonds monétaire international).

Très tôt, il prend position pour un renforcement de l'intégration économique par un volet monétaire. Comme beaucoup d'Italiens de sa génération, il voit dans l'ancrage à l'Europe une façon d'amener son pays sur la voie d'une plus grande rigueur. Conscient des limites du système monétaire européen des années 1980, il joue un rôle décisif dans la mise en place de la monnaie unique en qualité de rapporteur du comité sur l'union monétaire, rôle qui lui vaudra d'être désigné par le Conseil européen comme membre du directoire de la Banque centrale européenne lors de la mise en place de cette dernière (1999).

A la fin de ce mandat, cet homme discret, mais dont l'expérience était unanimement reconnue, choisit de poursuivre son travail de militant de la construction européenne, en acceptant notamment de prendre la présidence de l'association Notre Europe, tout en enseignant pour passer le témoin aux jeunes générations.

Il est cependant rattrapé par la chose publique lorsque Romano Prodi, redevenant président du Conseil en 2006, fait appel à lui pour redresser les finances publiques italiennes. Ceux qui le connaissent savent que c'est par sens du devoir qu'il a accepté cette redoutable mission. Il était conscient que sa rigueur l'exposerait à bien des critiques, mais n'entendait pas se prêter au petit jeu de la politique politicienne...




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Les auteurs
Analyste politique à la Représentation de la Commission européenne en France, ancienne Secrétaire générale de Notre Europe.
Conseiller scientifique. Professeur Jean Monnet à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris et directeur du Centre européen de Sciences Po. Processus d’intégration européenne, relations avec les secteurs académique et de la recherche.
Jacques Delors a présidé la Commission européenne de 1985 à 1995. En octobre 1996 il a créé le Groupement d'études et de recherches Notre Europe, dont il est aujourd'hui le président fondateur. De mai 2000 à juillet 2009, il fut également président du CERC - Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale. Assistantes : Ute Guder Conseiller : Jean-Pierre Bobichon Presse: Stéphanie Baz