Tribune | 30/08/2006 

La politique européenne de voisinage est au centre de l'actualité, pour ses mérites propres et ses insuffisances aussi, tout autant que pour les échéances importantes auxquelles les voisins de l'Est et du Sud Est de l'Union ont à faire face en 2006. Notre Europe vient de publier une étude sur les relations russo-européennes (« Perspectives russo-européennes - Moscou pose ses conditions » par Laurent Vinatier) et en public fin avril une autre sur la situation dans les Balkans occidentaux.

Les tensions russo-européennes, tenant partiellement au fait que les voisins de l'Union forment aussi partie de ce que les Russes appellent leur étranger proche, ont gagné le secteur stratégique de l'énergie et ont incité l'Europe à redoubler d'efforts pour définir une politique de l'énergie. La Commission se propose de conclure dès l'an prochain, avec la Russie, un accord cadre de coopération en matière énergétique. l'étude montre que le partenariat, depuis 2000, n'a jamais eu de réelle consistance politique. Elle démonte les ressorts des négociations à venir en identifiant les atouts des deux parties.

S'agissant des Balkans occidentaux, on sait que la candidature de la Croatie est agréée, que le Monténégro doit se prononcer en mai sur le maintien ou non de son union avec la Serbie, que Martti Ahtisaari multiplie les consultations pour être en mesure de présenter un projet de statut définitif pour le Kosovo et que la Serbie est sommée de remettre au tribunal de La Haye deux criminels de guerre présumés. Dix ans après Dayton, six ans après l'intervention de l'OTAN pour mettre fin aux violences au Kosovo, les guerres de succession yougoslaves paraissent bien terminées, mais la succession yougoslave elle-même reste en un sens toujours ouverte. l'étude que Notre Europe publie fin avril est un plaidoyer pour une forme d'intégration économique régionale allant bien au-delà des accords de libre échange dont l'actualité se fait l'écho. La question est de savoir comment inculquer au monde westphalien des Balkans occidentaux la culture post-nationale de l'Europe, comment favoriser un passage accéléré à l' ge post-moderne, où, depuis des décennies, ce qu'est Aujourd'hui l'Union européenne fait oeuvre de pionnière. l'étude propose de mettre en place des mécanismes de coopération régionale bien conçus qui permettraient aux Etats des Balkans occidentaux ou, du moins, à certains d'entre eux de faire l'apprentissage de la souveraineté partagée.

Il existe plus d'une relation entre les deux dossiers. La plus curieuse est peut-être celle qui se réfère à la position russe sur le Kosovo, qui semble évoluer. Les Russes se sont longtemps opposés à l'indépendance, même conditionnelle, du Kosovo, au nom de la défense de l'intégralité territoriale de l'Etat serbe. Ils parlaient du Kosovo et pensaient à la Tchétchénie. Les positions russes plus conciliantes à l'égard d'une éventuelle indépendance conditionnelle du Kosovo ne sont pas exemptes d'arrière-pensées, s'agissant en particulier de la Transdniestrie, de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

« Evite d'insulter ton voisin, car il demeure toujours à tes côtés », conseillait Abu Bakr, le beau père du prophète Mahomet. En tirant les leçons de cette sage recommandation, l'Union européenne serait bien inspirée de veiller à toutes ces régions où elle peut aussi faire progresser paix et prospérité sur le continent, par une action concertée et volontariste.




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